Chers médecins

Forcément, durant toutes ces années, j’ai eu affaire à nombre de médecins. La plupart ont été très chaleureux, et je ne veux pas faire un procès à charge. J’ai conscience que ces médecins ont des emplois du temps surchargés, un nombre de patients considérable, et de fortes responsabilités….

Mais on sent que l’on n’est qu’un cas parmi tant d’autres. Au centre de pma, on prend un ticket comme à la boucherie, première attente devant le secrétariat pour payer d’avance la consultation (privée si on veut attendre 3 mois seulement au lieu de 6), puis seconde attente avant que le médecin daigne nous recevoir et nous repose pour la énième fois les mêmes questions…

Je n’ai pas eu l’impression d’être une femme adulte en face d’eux, mais simplement une paire d’ovaires et un utérus défectueux. Je me suis sentie déresponsabilisée pendant tout le parcours. A partir du moment où mon gynécologue a lancé la PMA, j’ai été ballotée de rdv en examens. La valse des piqures et des essais a commencé. Chaque médecin semblait avoir un avis différent et l’envie de « tenter quelque chose d’autre ». Mon corps et mon calendrier ne m’appartenaient plus … A aucun moment, il n’a pas été posé la question de ce que nous souhaitions faire ou de comment nous le vivions.

Sans compter la culpabilisation : Si vous n’avez pas perdu 20 kgs on ne fera rien pour vous, Madame, en fait vous n’y croyez pas assez …

J’ai eu l’impression d’être une enfant, attendant le jugement de Dieu le père …

Je vous conseille de lire cet article de Martin Wincker et son livre Le choeur des femmes. Ce médecin prône l’écoute des femmes, leur droit à être écoutée et entendue, que ce soit en matière de séxualité, de contraction ou …de stérilisation.

Il s’interroge sur les difficultées rencontrées par les femmes qui souhaitent une stérilisation. Il fait écho de cette pression énorme exercée sur les femmes : IL FAUT avoir des enfants… Je vous livre quelques extraites de son article :

Pour beaucoup de médecins, les patients cessent d’être des adultes quand ils entrent dans leur cabinet. Même lorsqu’il n’est pas malade, le désir de choisir d’un patient est, aux yeux de trop de professionnels de la médecine, absolument immature à partir du moment où ce désir n’est pas conforme à l’opinion personnelle du praticien. […]

La pression sociale qui s’exerce sur les femmes pour les inciter à avoir des enfants est d’une grande violence. Et certains médecins en sont les premiers agents. Lorsqu’ils refusent une contraception sous des prétextes non scientifiques, comme lorsqu’ils dirigent hâtivement des femmes inquiètes de ne pas être enceintes vers des explorations lourdes et douloureuses ou des méthodes de procréation assistée… très lucratives pour ceux qui les pratiquent. […]

Evidemment, le choix d’une stérilisation n’est pas le même selon qu’on a eu ou non des enfants. Quand on en a, c’est pour ne plus en avoir. Quand on en a pas, c’est pour ne jamais en avoir. Mais, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un choix aussi respectable que celui de rester célibataire, de se marier, de divorcer, ou d’avoir des enfants. En conscience, personne (ni le patient, ni le médecin) ne peut savoir si la décision de ne pas/plus avoir d’enfant est une décision qu’on regrettera ou non. Certes, c’est une décision grave et irréparable, mais, n’impliquant que la première personne intéressée, elle n’est, somme toute, pas plus grave que celle d’AVOIR des enfants – laquelle met tout de même en jeu la vie d’un grand nombre de personnes (l’autre géniteur, les enfants qu’on décide d’avoir, leurs propres enfants à venir, etc.) ! ! !

Même si cette décision est « grave », personne n’est en droit, face à un adulte, d’imposer une décision (ou une interdiction) contraire.Il est paradoxal de demander à une personne de réfléchir à sa décision de ne pas avoir d’enfant (ou de prendre une contraception, ou de poursuivre une grossesse), alors qu’on ne demande jamais ou presque à une femme majeure de réfléchir à sa décision d’avoir un enfant ou d’être enceinte. Quant à la capacité de chacun à se projeter dans le futur, si souvent invoquée par les médecins, est-elle meilleure quand on se marie, quand on achète une maison ou quand on fait un choix professionnel que lorsqu’on décide de se faire stériliser ? Non, évidemment. […]

Je n’ai pas annoncé au centre de pma notre décision d’arrêter, je me suis contentée de ne pas contacter le secrétariat pour programmer la prochaine intervention prévue… J’imagine les sourcils relevés du médecin… La question d’arrêter ne se pose pas dans le monde médical, la seule limite est celle de la science, du « on ne peut plus rien pour vous ».

Stopper les traitements, alors que tout n’a pas encore été tenté, quelle absurdité !

D’ailleurs je cherche un nouveau gynécologue…

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