Quel est le prix d’un enfant ?

Chéri et si on arrêtait tout ?

C’est le sms envoyé à mon mari, un dimanche matin, quand il m’est devenu viscéralement évident que je ne pouvais pas continuer… Par chance, il a tout de suite compris de quoi je parlais, et il partage ma décision.

Et pourtant je ressens le besoin de m’excuser, de me justifier… J’ai commencé les premiers traitements il y a 10 ans, mais avec un divorce en cours de route, je n’ai de loin pas tout tenté ! Les médecins n’ont pas fait tomber le couperet, la prochaine étape était une opération de mon utérus « pas très accueillant ». Déjà que mes ovaires n’étaient pas foutu de pondre un oeuf, voilà que mon utérus n’est pas hospitalier. Mais je refuse qu’on me charcute pour un résultat hypothétique, je refuse de poursuivre ces actes agressifs pour mon corps, j’abandonne la course au bébé.

Je baisse les bras trop vite ? Je laisse tomber ? Je manque de volonté, de courage ? Je ne le veux pas assez ce bébé ?

Toutes ces questions tournent en boucle dans ma tête. Dans les forums sur l’infertilité, il semble tabou de dire « j’arrête ». Les femmes mettent dans leurs signatures des parcours longs comme le bras, détaillant tous leurs échecs successifs, … Quand certaines doutent, on peut lire des réponses comme celle là : « quand on veut un bb ! a tout pris , on y arrive ! par n importe quel parcours , alors courage !!!!! ne jamais baisser les bras »

A tout prix ? Au prix de ma santé physique ? morale ? de mon couple ?

Et quand est-il de l’enfant s’il parait après ce parcours du combattant ? Quelle pression fait-on peser sur lui quand il a été aussi longtemps et durement désiré ? Comment supporter les difficultés d’être parents quand on a autant bataillé pour l’être ? Comment accepter que l’enfant puisse être différent quand on l’a imaginé depuis tant d’années ?

S’avoir quand s’arrêter est une décision personnelle et je l’espère tout aussi courageuse que de dire « je continue ».

Je n’ai pas choisi d’être infertile, mais je décide que je ne serai pas maman… à tout prix.

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6 réflexions sur “Quel est le prix d’un enfant ?

  1. Roseau sauvage dit :

    Je crois profondément qu’il n’y a pas une façon d’être heureux, mais DES façons d’être heureux.
    La société veut nous faire croire que le bonheur c’est un mari, des enfants qu’on a eu jeune, si possible deux et de sexe différent, une grande maison, un travail stable et rassurant, un chien et une friteuse.
    Or, non.
    Je me permets parce que j’ai eu un parcours pma très long et ces questions de l’adoption ou encore de  » et si ça ne marche jamais pour nous », je me les suis posée des milliers de fois,elles ont tourné dans ma tête et j’en suis arrivée à la conclusion suivante: Je veux un enfant avec mon mari, j’ai ce désir viscéral, profond mais je ne suis pas avec mon mon mari pour avoir un enfant, je suis avec mon mari parce que nous nous aimons, et cela est déjà inestimable. Qui peut se targuer d’affronter un parcours aussi compliqué et douloureux qu’un parcours pma et d’être toujours amoureux, bienveillants,pleins de projets? VOUS!
    Alors , oui on s’est dit que si un jour, physiquement on ne pouvait plus, que si moralement tout cela devenait trop compliqué ou douloureux, il faudrait envisager une vie différente. Moins belle? je ne sais pas…différente mais tout aussi jolie j’en suis sûre.
    J’ai bon dos de raconter cela, car la nature nous a fait un cadeau incroyable et nous sommes parents.Mais nous ne rentrerons pas dans le moule pour autant, du fait de notre parcours, de notre façon de voir la vie et du fait de n’avoir qu’un enfant. les grincheux ne sont jamais contents
    Vous avez donné toute l’énergie et tout l’amour que vous avez pu dans ce parcours,vous n’avez rien à regretter, c’était un projet de couple mais il ne peut pas aboutir bien malgré vous. Vous avez été forts et courageux.Vous avez une richesse incroyable, une richesse humaine, vous en tant qu’individus, votre couple, vos épreuves et cela fait de vous des personnes infiniment belles j’en suis certaine.Alors, certes il faudra reconstruire des projets, mais vous serez heureux, tu ne seras pas moins femme, il ne sera pas moins homme, , votre vie sera douce et belle, forte de ces combats, de ces épreuves.
    Bien à toi, même si on ne se connaît pas.

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  2. Yrugfu dit :

    Elles existent, mais elles ne témoignent pas. Peut-être parce que dire qu’on a réussi à être heureuse « malgré tout », ça ne fait pas assez rêver, que ce que les femmes veulent entendre, c’est j’ai renoncé et puis un miracle est arrivé (là, on trouve des témoignages à la pelle), ou bien je me suis battue jusqu’au bout et ça a fini par marcher… Parce que c’est ce que les gens veulent entendre.
    Je crois pourtant qu’un bonheur tout simple est possible. Celles qui font porter la responsabilité de leur bonheur sur leur enfant, comme tu le soulignes, ce n’est pas forcément la meilleure chose qui soit. Pouvoir être heureuse en partant de soi-même (et en allant vers les autres, bien sûr), c’est une très bonne chose (et d’ailleurs, encore plus si un enfant vient malgré tout !).
    Aller au-delà de mes possibilités propres (et là-dessus, chacune est différente) pour avoir un enfant à tout prix mais (dans mon cas) finir avec un couple en lambeaux, c’est aussi ce que j’ai refusé il y un certain nombre d’années déjà. Mon mari aussi a dit oui immédiatement, avec un soulagement énorme, car quelque part, il souffrait doublement de la situation (car il souffrait pour moi aussi).
    Des examens, j’en ai fait à la pelle, mais j’avoue que les piqûres tous les jours, je n’ai tenu qu’un mois… J’ai eu honte, et pourtant ce n’était même pas physique, c’est le mental qui ne suivait plus… Je voulais retrouver ma liberté d’être humain et ne plus être seulement qu’un sac à ovules avec des rapports programmés.
    J’ai un peu honte de te laisser un message, car la vie pour moi a finalement pris un tour (très) inattendu, mais je continue de penser que cette décision-là, que j’avais prise à ce moment-là, était vitale pour moi.
    Je pense très fort à toi !

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  3. artemise dit :

    Je me suis beaucoup questionnée dans mon blog sur les limites : « jusqu’où on est prêt à aller » car je sentais que j’étais allée au bout de ce que je m’étais fixée… Et je ne me reconnaissais pas/plus dans les témoignages sur les blogs et forums car personne n’osait se dire « et si ça ne marche pas… » La question du renoncement est encore malheureusement peu valorisée alors que je trouve important de pouvoir s’écouter et d’oser s’arrêter pour se préserver et préserver son couple.

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  4. chapi chapo dit :

    C’est un long chemin, parce qu’on a tant donné pour avoir cet enfant, avec tout ce que ça représente en tant que projet, avenir, transmission… Parce qu’il faut penser autrement sa vie, vers quelque chose qu’on n’imaginait pas. Parce qu’on peut être heureux malgré tout, comme avant ce désir qui a été autant malmené, mais que ça prend du temps. Les gens veulent des happy end, mais même quand on arrive à être heureux à deux, il y a souvent un difficile parcours derrière cet équilibre atteint… Se rappeler qu’on s’aime, avant tout…
    Je t’embrasse

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  5. kalifra dit :

    Je trouve que vous avez une force incroyable. ..moi je n’arrive pas encore à me dire que c’est fini, qu’il faut que j’accepte le tout dernier échec (4 ponctions avec transfert + 4 TEC et un total de 14 embryons transférés pour des résultats négatifs. ..) j’ai 43 ans, mon chéri 42. On est en pma depuis 2012. Depuis 11 j je me sens morte à l’intérieur et j’ai peur pour mon couple…comment allons-nous surmonter cela, comment allons-nous pouvoir avancer? Ce mini nous, comme tout ceux qui veulent un bébé nous l’avions imaginé, et toutes les choses qui seraient vécues avec lui…là il ne reste qu’un vide, mon corps que je hais parce qu’il n’a pas accueilli ces petits nous, et une vie qui me fait peur, peur qu’elle soit triste, peur de continuer à rendre plus malheureux mon chéri. Car malgré notre amour arrivera-t-il à concevoir sa vie sans enfants sans me le reprocher un jour…on verra avec le temps. J’espère que nous serons aussi fort que vous et que je vais réussir à me raisonner et ne plus penser aux autres solutions : une 5eme fiv à nos frais, le don d’ovocytes. …

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