Le géant de Zéralda

Pendant les vacances, j’ai eu le plaisir de garder mon filleul de 5 ans pendant deux jours. L’occasion de le gâter : cinéma, resto, virée à la librairie…

Il a choisi Le géant de Zéralda. Au moment du coucher, installés tous les deux sur son lit, j’ai profité du rituel de l’histoire du soir !

Plaisir ? Profiter ? Oui, car j’ai savouré ces moments avec ce petit bonhomme. Ne pas être mère n’interdit pas de vivre ces instants et j’ai la chance de pouvoir nouer des liens particuliers avec des enfants de ma famille et de mes amis. (Mais j’avais aussi le cœur lourd au moment de me coucher, c’est toute l’ambivalence de la situation…)

Mais connaissez-vous cet album de Tomi Ungerer ?

Il raconte l’histoire d’un ogre qui tombe sur une petite fille qui fait tellement bien la cuisine qu’il en oublie de la manger.

Et je vous en livre les dernières phrases (attention spoiler) :

« Puis, les années passèrent. Zéralda devint une belle jeune fille, l’ogre, toujours bien nourri, rasa sa barbe piquante, et ils devinrent amoureux l’un de l’autre. Ils se marièrent, menèrent une vie agréable et eurent un grand nombre d’enfants. On peut donc penser que leur vie fut heureuse jusqu’au bout. »

Aargh.

Motivation

Est ce que je le voulais suffisamment :

Si je suis capable de ne pas tout tenter ?

Si j’arrête alors que les médecins ont encore des solutions pour moi ?

Si je ne me lance même pas dans l’adoption  ?

Si je suis capable de passer une journée sans y penser ?

Si j’apprécie les avantages de ma vie sans enfant ?

Mon gynéco m’avait dit un jour que je n’y croyais pas assez…

Petits couteaux dans la plaie

Se lever le samedi pleine d’assurance :

– trouver un faire part de naissance dans la boite aux lettres

– retrouver une ancienne copine de classe, enceinte jusqu’aux yeux :

« Oh ben il était pas prévu celui-là, on est partis en vacances à 3 et on est revenus à 4 »

– participer à une réunion de famille et se sentir à côté de la plaque au milieu des parents, grands-parents… surtout quand la discussion part sur les allocations familiales et la politique nataliste de la France.

Et se sentir à nouveau toute petite le dimanche soir.

Mais qui adore les dimanches soirs finalement ?

Une chose à la fois

Aujourd’hui cela va mieux, les pleurs ont séché depuis quelques jours. Je retrouve l’énergie qui me faisait défaut.

J’ai du mal à me projeter dans un avenir sans enfant, mais la vie que je mène actuellement me plait. Alors je vais commencer par en profiter pleinement, sans être en attente d’autre chose, sans que la PMA soit en permanence dans un coin de ma tête. Je vais essayer de me faire plus confiance et de me réconcilier avec ce corps si malmené dans l’histoire.

Je me suis lancée dans la méditation et dans les exercices de pleine conscience.

Je me shoote à l’euphytose.

Je tiens un journal où je note les petits bonheurs du jour, tout ce qui m’a réjoui dans ma journée et ce dont je suis fière.

Et surtout, je vais essayer de ne plus faire qu’une seule chose à la fois…

Voilà pour le présent… et l’avenir on verra bien.

Ambivalence

Les heures se suivent et ne se ressemblent pas …

Par moments, je me sens apaisée, confiante. J’apprécie d’avoir posé ce fardeau, de ne plus vivre dans l’attente du prochain rdv, du prochain traitement, dans l’attente de ce bébé qui ne venait pas (je me suis corrigée, j’avais mis le verbe au présent). J’ai tant attendu que ma « vraie » vie commence, désormais je n’ai plus qu’à savourer le présent et profiter de toutes les richesses que l’existence m’offre déjà. J’ai déjà beaucoup de chance : un mari que j’aime profondément, un métier qui a du sens et où je me sens maintenant reconnue, des amis chers à mon cœur, une famille toujours présente, de nombreux loisirs. Je suis bien consciente de ce que nous permet notre vie sans enfants : les voyages, les sorties à l’improviste, le temps libre, le sommeil  … et beaucoup de soucis en moins.

A d’autres moments, c’est la tristesse et l’anxiété qui l’emportent… Croiser des femmes enceintes ou des jeunes mamans me fait mal au cœur. Je me surprends à penser aux parents que nous aurions pu être, à ce que j’aurai transmettre à cet enfant, à ce que je ne ferai jamais. Et les larmes pointent…

J’ai du mal à me projeter dans l’avenir après l’avoir si longtemps imaginé avec enfant… Extérieurement, notre vie est exactement la même que le mois dernier, mais moi j’ai l’impression que tout a changé.

Je fais quoi maintenant ? 

Non merci..

Mais vous ne voulez pas adopter ? 

Vous devriez consulter tel médecin qui fait des miracles ! 

Et pourquoi pas un géobiologue ? 

Et une mère porteuse à l’étranger vous y avez songé ? 

Sauf que non merci, je ne veux plus entendre parler d’autres solutions, d’autres traitements … Même si c’est douloureux, nous avons décidé de vraiment clore le chapitre.

Et par piété, ne nous dites pas :

Maintenant que vous n’y pensez plus, ça va marcher tout seul…

Appartenance

Samedi dernier, j’ai participé à une réunion thermomix (par curiosité, et pour revoir une amie) : j’étais la seule à ne pas avoir d’enfant. Il a été question de baby cook, de doudou posé sur un aspirateur pour distraire une petite fille de 9 mois, de faire manger des légumes, de pâtisserie avec les enfants, …

Je me suis sentie tellement à part, exclue. Avant je participais à ces conversations en me disant que « moi aussi un jour « . Et maintenant ?

A la douleur personnelle de ne jamais avoir d’enfant se rajoute l’omniprésence permanente de la maternité. Une invitation à un baptême, une annonce de grossesse, une conversation entre mamans, une pub, une question innocente d’une voisine, … Sur le forum de professeurs des écoles que je fréquente, sur les 25 premiers posts de  la partie libre, on trouve 12 posts consacrés aux essais bébés, aux enfants, aux mamans…

Quelle est la part de cette pression sociale dans le désir d’enfant, dans mon désir d’enfant ? Dans quelle mesure ne veut-on pas des enfants pour faire comme tout le monde, pour rentrer dans le moule, pour se rassurer ?

Il y a quelques jours, une amie m’a dit : Tu es une originale toi ! Elle parlait de ma veste… mais j’avais envie d’hurler que je n’avais jamais voulu être différente.

Je me souviens de cette belle matinée d’été où la question avait été lancée : « Et si on faisait un enfant ? ». Sans plus d’interrogations …

Regrets…

Sentir un bébé grandir dans mon ventre

Partager avec mon mari le bonheur de voir naître notre enfant

Ne jamais donner les prénoms que nous avions déjà choisi

Prendre mon bébé contre ma peau

Le regarder dormir

Lui coudre des doudous

Lui acheter des vêtements de bébé

Faire des bisous sur ses petits pieds

Sentir son odeur de bébé

L’entendre rire

Voir ses premiers pas, entendre ses premiers mots

Voir son papa le prendre sur ses épaules

Etre appelée maman

Recevoir des câlins d’enfant

Admirer ses dessins et les coller sur le frigo

Lui offrir les légos de notre enfance

Le voir sauter sur le lit le dimanche matin

Faire des cabanes de draps

Lui offrir la maison de poupées fabriquée par mon grand-père

Prendre des photos de famille

L’accompagner à sa première rentrée

Lui apprendre à faire des gâteaux, à dessiner, à faire du vélo…

Voir ses yeux briller de plaisir à Noël, son anniversaire

Entendre ses réflexions sur le monde

Lui raconter mes souvenirs d’enfance

Le voir devenir un petit être autonome … puis un adulte

Organiser de repas de famille pour Pâques, Noel, …

Etre grand-mère

Recevoir la visite de mes petits-enfants

 

Savoir quels parents on aurait été, à quoi aurait ressemblé ce mélange de nous deux.

Appartenir à la grande communauté des parents…

 

Moments idéalisés ? Enfant rêvé ?

Bien sûr … il n’empêche que je regrette ces moments que je ne vivrai jamais et que je ne pourrai confronter à la réalité.

Quel est le prix d’un enfant ?

Chéri et si on arrêtait tout ?

C’est le sms envoyé à mon mari, un dimanche matin, quand il m’est devenu viscéralement évident que je ne pouvais pas continuer… Par chance, il a tout de suite compris de quoi je parlais, et il partage ma décision.

Et pourtant je ressens le besoin de m’excuser, de me justifier… J’ai commencé les premiers traitements il y a 10 ans, mais avec un divorce en cours de route, je n’ai de loin pas tout tenté ! Les médecins n’ont pas fait tomber le couperet, la prochaine étape était une opération de mon utérus « pas très accueillant ». Déjà que mes ovaires n’étaient pas foutu de pondre un oeuf, voilà que mon utérus n’est pas hospitalier. Mais je refuse qu’on me charcute pour un résultat hypothétique, je refuse de poursuivre ces actes agressifs pour mon corps, j’abandonne la course au bébé.

Je baisse les bras trop vite ? Je laisse tomber ? Je manque de volonté, de courage ? Je ne le veux pas assez ce bébé ?

Toutes ces questions tournent en boucle dans ma tête. Dans les forums sur l’infertilité, il semble tabou de dire « j’arrête ». Les femmes mettent dans leurs signatures des parcours longs comme le bras, détaillant tous leurs échecs successifs, … Quand certaines doutent, on peut lire des réponses comme celle là : « quand on veut un bb ! a tout pris , on y arrive ! par n importe quel parcours , alors courage !!!!! ne jamais baisser les bras »

A tout prix ? Au prix de ma santé physique ? morale ? de mon couple ?

Et quand est-il de l’enfant s’il parait après ce parcours du combattant ? Quelle pression fait-on peser sur lui quand il a été aussi longtemps et durement désiré ? Comment supporter les difficultés d’être parents quand on a autant bataillé pour l’être ? Comment accepter que l’enfant puisse être différent quand on l’a imaginé depuis tant d’années ?

S’avoir quand s’arrêter est une décision personnelle et je l’espère tout aussi courageuse que de dire « je continue ».

Je n’ai pas choisi d’être infertile, mais je décide que je ne serai pas maman… à tout prix.

Pourquoi ce blog ?

Petite alsacienne de bientôt 34 ans, je viens de décider après des années d’essais, de stopper les traitements contre l’infertilité. C’est la bonne décision pour ma santé physique, morale, pour mon couple, … Il m’est apparu comme une évidence que je ne pouvais plus continuer et mon mari me soutient totalement et partage ma décision. Mais il s’agit maintenant d’accepter que je ne serai jamais maman après l’avoir tant désiré.

J’ai la chance d’être très bien entourée, par les amis, la famille mais tous ont des enfants ou le projet d’en avoir.

J’ai alors cherché du soutien sur internet, j’ai trouvé des publications anglaises, américaines, québécoises, … mais où sont les françaises ? Celles qui s’expriment sur les forums sont renvoyées à l’adoption ou à l’injonction de ne pas baisser les bras !

J’ouvre ce blog pour exprimer ma tristesse, mes espoirs, mon deuil, mon indignation, mes réflexions, mes joies, … et je l’espère pour créer du lien avec d’autres femmes dans le même cas.